L'internet à des prix abordable au Congo-Brazza
29/09/2011 09:47 GMT
L'internet à des prix abordable au Congo-Brazza
Un chantier en cours...
Un certain nombre de pays le long de la côte ouest de l’Afrique auront bientôt accès pour la première à de la capacité internationale via la fibre optique. C’est le cas du Congo qui sera sous peu connecté au câble sous-marin de fibre optique WACS. Pour ce pays comme pour les autres pays africains accédant pour la première fois à de la capacité internationale fibre, les opportunités et les challenges sont nombreux. Avec l’arrivée d’importantes capacités internationales, les internautes congolais sont en droit d’espérer une baisse significative des prix des connexions Internet. Selon Isabelle Gross, cet objectif n’a de chance d’être réalisé que si les questions liées à la gestion et à l’accès à la capacité internationale sont résolues auparavant.
La Mauritanie, la Gambie, la Guinée Bissau, la Guinée-Conakry, le Sierra Leone, le Libéria, le Togo, Sao Tomé et Principe, la Guinée Equatoriale, les deux Congos et la Namibie. Au total 12 pays africains le long de la côte ouest auront bientôt et pour la première fois accès à de la capacité international via la fibre. Le câble sous-marin ACE vient juste d’arriver en Gambie ou comme la photo ci-dessous le montre l’enthousiasme et l’excitation ont été à la mesure de l’événement. L’arrivée de capacité internationale via la fibre n’est pas une petite chose pour ces 12 pays car elle leur permettra de s’arrimer aux réseaux fibre qui interconnectent la plupart des pays du monde et de poser la première pierre d’achoppement vers la construction d’une économie numérique.
Alors que les opportunités sont bien là et palpables, l’histoire du câble SAT3 a montré dans de nombreux cas que la gestion de la capacité internationale par l’opérateur historique a été un échec. A l’exception de la Sonatel au Sénégal, de Côte d’Ivoire Télécom en Côte d’Ivoire et plus récemment de Bénin Télécom au Bénin qui a compris qu’écouler une partie du trafic voix et data en provenance du Nigéria lui permettait d’augmenter les revenus qu’il tire de la vente de capacité internationale sur SAT3, nombreux ont été les opérateurs historiques qui n’ont pas su tiré partie de cette opportunité. Parmi eux, on peut citer la Camtel au Cameroun, Gabon Télécom au Gabon ou encore Nitel au Nigéria. Leur gestion de la capacité internationale sur SAT3 s’est traduite durant de nombreuses années par des prix par MB exorbitants (au-dessus de 5,000 dollars US par mois) et une qualité de service douteuse. L’échec le plus flagrant a été avec Nitel au Nigéria. L’opérateur historique disposant d’un monopole d’accès à la capacité internationale sur SAT3 a non seulement pratiqué des prix très élevés mais aussi son service en terme de qualité n’a pas été à la hauteur des standards internationaux. C’est seulement par la suite grâce à la société Suburban Telecoms qui a tiré un câble de fibre optique entre le Nigéria et le Bénin (avec connexion sur SAT3 à Cotonou) que les opérateurs télécoms du Nigéria ont pu acheté de la capacité internationale sur SAT3 à des prix plus raisonnables et avec une meilleure qualité de service à la clé.
Quelles sont les leçons à tirer de ces échecs de gestion de la capacité internationale fibre? Elles sont de deux ordres:
- l’opérateur historique n’est pas nécessairement l’entité la plus à même pour gérer efficacement la nouvelle capacité internationale qui va arriver
- la gestion sous forme de monopole de la capacité internationale encourage à maintenir des prix artificiellement élevés de la capacité internationale
Pour en revenir au Congo, donner par exemple la gestion de la capacité internationale qui viendra avec le câble WACS à Congo Télécom, l’opérateur historique, c’est la mort annoncée de toute chance de voir un jour des services Internet à des prix abordables. Congo Télécom n’a ni les capacités techniques ni le savoir faire commercial (la dette actuelle de la société est une bonne mesure de son incompétence) nécessaires à une gestion efficace de la capacité internationale. Si l’objectif du gouvernement congolais est de saisir les opportunités offertes par l’arrivée de la capacité internationale en particulier en termes de réductions potentielles des prix des services Internet, il lui faudra la volonté politique de prendre les décisions appropriées. Aujourd’hui les prix au détail des services Internet au Congo tournent toujours aux alentours de 50,000 francs CFA par mois (100 dollars US). C’est loin d’être à la portée de tout le monde si l’on se réfère par exemple au salaire moyen des fonctionnaires qui est de l’ordre de 80,000 à 100,000 francs CFA par mois (entre 160 et 200 dollars US par mois)
La situation est même pire au Congo RDC ou la Société Commerciale des Postes et des Télécommunications, la SCPT (ex-OCPT) est en charge de la construction de la station d’amérissage. Pas plus tard que le 6 septembre dernier, le journal local le Potentiel rapportait que Mr Jean-pierre Muhongo, l’Administrateur délégué général de la SCPT a été démis de ses fonctions et arrêté pour détournement d’une partie des fonds (environ 3 millions de dollars US) alloués à la construction de la station d’amérissage.
Sur le second point relatif à la gestion sous forme de monopole de la capacité internationale, les exemples de prix exorbitants de commercialisation de la capacité internationale sur SAT3 abondent. Aujourd’hui, quelles sont les options qui s’offrent aux gouvernements africains pour éviter des prix artificiellement élevés de la capacité internationale ? Dans des pays tel que le Nigéria qui aura bientôt accès à de la capacité internationale provenant de 5 câbles sous-marins différents (SAT3, Glo One, Main One, WACS et ACE) le jeu de la concurrence entre les différents fournisseurs a fait baissé les prix et les fera encore baissé dans l’avenir. A l’heure actuelle, le mégabit de capacité internationale se vend aux alentours de 300 dollars. Dans la plupart des 12 pays le long de la cote ouest de l’Afrique qui vont accéder pour la première fois à de la capacité internationale par fibre, l’accès sera limité à un câble sous-marin et par conséquent le principe de jeu de la concurrence ne s’appliquera pas. Le Congo est dans cette situation avec un seul accès à de la capacité internationale (WACS). En revanche, nul n’interdit à ce pays et ses gouvernants de mettre en place un modèle d’accès ouvert (open access) garantissant un accès égal et non-discrimatoire à la capacité internationale tant sur le plan commercial que technique. Encore une fois, il s’agit de mettre en adéquation un objectif, favoriser l’accès à l’Internet des congolais avec des décisions politiques (mettre en place le cadre réglementaire de l’open access) supportant cet objectif.
Avec 5 câbles sous-marins qui seront tous prochainement en activité, la capacité internationale disponible le long de la cote ouest de l’Afrique se comptera en térabits (avec une offre supérieure à la demande actuelle).Il est donc peu probable qu’il ait d’autres projets de câble sous-marins dans les années à venir. Par conséquent il est important que ces 12 pays dont le Congo « ne ratent pas le train » en terme d’utilisation plus la efficace que possible de la capacité internationale qui va bientôt s’offrir à eux.
Source : balancing act
http://www.balancingact-africa.com
La Mauritanie, la Gambie, la Guinée Bissau, la Guinée-Conakry, le Sierra Leone, le Libéria, le Togo, Sao Tomé et Principe, la Guinée Equatoriale, les deux Congos et la Namibie. Au total 12 pays africains le long de la côte ouest auront bientôt et pour la première fois accès à de la capacité international via la fibre. Le câble sous-marin ACE vient juste d’arriver en Gambie ou comme la photo ci-dessous le montre l’enthousiasme et l’excitation ont été à la mesure de l’événement. L’arrivée de capacité internationale via la fibre n’est pas une petite chose pour ces 12 pays car elle leur permettra de s’arrimer aux réseaux fibre qui interconnectent la plupart des pays du monde et de poser la première pierre d’achoppement vers la construction d’une économie numérique.
Alors que les opportunités sont bien là et palpables, l’histoire du câble SAT3 a montré dans de nombreux cas que la gestion de la capacité internationale par l’opérateur historique a été un échec. A l’exception de la Sonatel au Sénégal, de Côte d’Ivoire Télécom en Côte d’Ivoire et plus récemment de Bénin Télécom au Bénin qui a compris qu’écouler une partie du trafic voix et data en provenance du Nigéria lui permettait d’augmenter les revenus qu’il tire de la vente de capacité internationale sur SAT3, nombreux ont été les opérateurs historiques qui n’ont pas su tiré partie de cette opportunité. Parmi eux, on peut citer la Camtel au Cameroun, Gabon Télécom au Gabon ou encore Nitel au Nigéria. Leur gestion de la capacité internationale sur SAT3 s’est traduite durant de nombreuses années par des prix par MB exorbitants (au-dessus de 5,000 dollars US par mois) et une qualité de service douteuse. L’échec le plus flagrant a été avec Nitel au Nigéria. L’opérateur historique disposant d’un monopole d’accès à la capacité internationale sur SAT3 a non seulement pratiqué des prix très élevés mais aussi son service en terme de qualité n’a pas été à la hauteur des standards internationaux. C’est seulement par la suite grâce à la société Suburban Telecoms qui a tiré un câble de fibre optique entre le Nigéria et le Bénin (avec connexion sur SAT3 à Cotonou) que les opérateurs télécoms du Nigéria ont pu acheté de la capacité internationale sur SAT3 à des prix plus raisonnables et avec une meilleure qualité de service à la clé.
Quelles sont les leçons à tirer de ces échecs de gestion de la capacité internationale fibre? Elles sont de deux ordres:
- l’opérateur historique n’est pas nécessairement l’entité la plus à même pour gérer efficacement la nouvelle capacité internationale qui va arriver
- la gestion sous forme de monopole de la capacité internationale encourage à maintenir des prix artificiellement élevés de la capacité internationale
Pour en revenir au Congo, donner par exemple la gestion de la capacité internationale qui viendra avec le câble WACS à Congo Télécom, l’opérateur historique, c’est la mort annoncée de toute chance de voir un jour des services Internet à des prix abordables. Congo Télécom n’a ni les capacités techniques ni le savoir faire commercial (la dette actuelle de la société est une bonne mesure de son incompétence) nécessaires à une gestion efficace de la capacité internationale. Si l’objectif du gouvernement congolais est de saisir les opportunités offertes par l’arrivée de la capacité internationale en particulier en termes de réductions potentielles des prix des services Internet, il lui faudra la volonté politique de prendre les décisions appropriées. Aujourd’hui les prix au détail des services Internet au Congo tournent toujours aux alentours de 50,000 francs CFA par mois (100 dollars US). C’est loin d’être à la portée de tout le monde si l’on se réfère par exemple au salaire moyen des fonctionnaires qui est de l’ordre de 80,000 à 100,000 francs CFA par mois (entre 160 et 200 dollars US par mois)
La situation est même pire au Congo RDC ou la Société Commerciale des Postes et des Télécommunications, la SCPT (ex-OCPT) est en charge de la construction de la station d’amérissage. Pas plus tard que le 6 septembre dernier, le journal local le Potentiel rapportait que Mr Jean-pierre Muhongo, l’Administrateur délégué général de la SCPT a été démis de ses fonctions et arrêté pour détournement d’une partie des fonds (environ 3 millions de dollars US) alloués à la construction de la station d’amérissage.
Sur le second point relatif à la gestion sous forme de monopole de la capacité internationale, les exemples de prix exorbitants de commercialisation de la capacité internationale sur SAT3 abondent. Aujourd’hui, quelles sont les options qui s’offrent aux gouvernements africains pour éviter des prix artificiellement élevés de la capacité internationale ? Dans des pays tel que le Nigéria qui aura bientôt accès à de la capacité internationale provenant de 5 câbles sous-marins différents (SAT3, Glo One, Main One, WACS et ACE) le jeu de la concurrence entre les différents fournisseurs a fait baissé les prix et les fera encore baissé dans l’avenir. A l’heure actuelle, le mégabit de capacité internationale se vend aux alentours de 300 dollars. Dans la plupart des 12 pays le long de la cote ouest de l’Afrique qui vont accéder pour la première fois à de la capacité internationale par fibre, l’accès sera limité à un câble sous-marin et par conséquent le principe de jeu de la concurrence ne s’appliquera pas. Le Congo est dans cette situation avec un seul accès à de la capacité internationale (WACS). En revanche, nul n’interdit à ce pays et ses gouvernants de mettre en place un modèle d’accès ouvert (open access) garantissant un accès égal et non-discrimatoire à la capacité internationale tant sur le plan commercial que technique. Encore une fois, il s’agit de mettre en adéquation un objectif, favoriser l’accès à l’Internet des congolais avec des décisions politiques (mettre en place le cadre réglementaire de l’open access) supportant cet objectif.
Avec 5 câbles sous-marins qui seront tous prochainement en activité, la capacité internationale disponible le long de la cote ouest de l’Afrique se comptera en térabits (avec une offre supérieure à la demande actuelle).Il est donc peu probable qu’il ait d’autres projets de câble sous-marins dans les années à venir. Par conséquent il est important que ces 12 pays dont le Congo « ne ratent pas le train » en terme d’utilisation plus la efficace que possible de la capacité internationale qui va bientôt s’offrir à eux.
Source : balancing act
http://www.balancingact-africa.com
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